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Utilisation de l'intelligence artificielle en thérapie

L’intelligence artificielle peut soutenir le travail psychothérapeutique, mais elle ne constitue pas, à ce jour, un substitut fiable à une relation clinique, à l’évaluation diagnostique ni à la gestion des situations de crise. Son emploi le plus solide est celui d’un outil complémentaire, encadré par un professionnel et fondé sur des dispositifs dont les limites sont explicites.

Usages possibles en thérapie

L’IA peut intervenir à plusieurs niveaux, sans occuper nécessairement la place de « thérapeute ».

Usage

Apport potentiel

Vigilance clinique

Psychoéducation personnalisée

Expliquer les symptômes, les mécanismes du stress, les principes de la TCC ou de l’hygiène du sommeil

Vérifier l’exactitude et adapter au niveau de compréhension du patient

Auto-observation

Journal d’humeur, suivi des émotions, repérage de situations-déclencheurs et de comportements

Risque de sur-surveillance, de rumination ou de données mal interprétées

Exercices structurés

Soutien entre les séances : activation comportementale, respiration, pleine conscience, fiches de pensées

Ne pas laisser l’outil devenir une prescription impersonnelle ou rigide

Préparation clinique

Aider le patient à organiser ce qu’il souhaite aborder en séance, formuler une question, récapituler une semaine

L’IA ne doit pas devenir un tiers qui remplace le travail transférentiel

Soutien administratif

Transcription sécurisée, structuration de notes, rédaction de documents non cliniques, rappels et coordination

Respect du secret professionnel, du RGPD et minimisation des données

Outils conversationnels

Disponibilité immédiate et accompagnement de faible intensité pour certains troubles légers à modérés

Ne convient pas seul aux crises, tableaux complexes ou situations à risque

Les études sur les agents conversationnels suggèrent des effets modestes à modérés sur la détresse psychologique, l’anxiété et les symptômes dépressifs. Ces résultats concernent surtout des programmes structurés, souvent inspirés de la TCC, et ne démontrent pas qu’un chatbot génératif libre puisse assurer une psychothérapie équivalente à celle d’un clinicien.[nature][nature]

Dans une pratique clinique

Pour un psychologue ou psychothérapeute, l’IA peut être pensée comme un support de continuité entre les séances, et non comme l’instance qui interprète, diagnostique ou décide.

Exemple : pour une personne suivie pour anxiété sociale, un outil peut l’aider à consigner une situation sociale, son anticipation anxieuse, les pensées automatiques, l’intensité émotionnelle et ce qui s’est effectivement produit. Le matériau est ensuite repris en séance : le clinicien examine la fonction de l’évitement, le contexte biographique, les enjeux relationnels et les significations singulières. L’outil organise l’observation ; la thérapie élabore l’expérience.

Dans une orientation psychodynamique ou psychanalytique, l’IA peut éventuellement servir à tenir un carnet personnel ou à faciliter la mise en récit. En revanche, lui déléguer l’interprétation de rêves, de lapsus, de fantasmes ou du transfert est problématique : elle peut produire une lecture persuasive mais générique, sans accès au cadre, à l’histoire transférentielle ni aux effets de son intervention sur le patient.

Limites et risques

Les principaux risques sont cliniques, éthiques et relationnels :

  • Une IA peut inventer des informations, mal comprendre une ambiguïté ou formuler un conseil inadéquat avec une apparence de certitude.
  • Elle n’évalue pas de façon fiable l’urgence suicidaire, le risque de passage à l’acte, la dissociation, la psychose, l’emprise ou la violence intrafamiliale.
  • Une disponibilité continue peut favoriser dépendance, évitement de la relation humaine ou répétition compulsive des échanges.
  • Les systèmes peuvent reproduire des biais culturels, linguistiques, de genre ou socio-économiques.
  • Les données de santé mentale sont particulièrement sensibles : leur collecte, conservation, réutilisation et éventuel transfert à des sous-traitants doivent être connus et maîtrisés.
  • Le patient peut confondre empathie simulée et responsabilité clinique réelle.

Les autorités et travaux de référence soulignent notamment les risques de réponses dangereuses en cas de suicidalité, d’hallucinations, de dérive du modèle, de biais et d’atteintes à la confidentialité, et recommandent une gouvernance proportionnée au niveau de risque, une validation clinique et une supervision humaine.[fda][who]

Cadre de bonnes pratiques

Pour intégrer l’IA de manière responsable dans un cabinet :

  1. Définir un usage précis : information, exercice entre les séances, administratif ou aide à l’auto-observation.
  2. Informer explicitement le patient : nature de l’outil, données collectées, limites, absence de surveillance permanente et procédure en cas d’urgence.
  3. Éviter de transmettre des éléments identifiants ou un dossier clinique complet à un service grand public non contractualisé et non vérifié.
  4. Préférer des outils dont la finalité, le modèle de données, la sécurité, les évaluations et les limites sont documentés.
  5. Prévoir une réévaluation régulière : l’usage aide-t-il réellement le patient, ou augmente-t-il anxiété, dépendance, évitement ou confusion ?
  6. Maintenir une voie d’escalade humaine claire : urgence médicale, crise suicidaire, aggravation rapide ou apparition de symptômes graves exigent une prise en charge humaine immédiate.

Position clinique

L’IA est particulièrement utile pour la structuration, la répétition d’exercices, la psychoéducation et le repérage de tendances. Elle est beaucoup moins adaptée à ce qui fonde la psychothérapie en profondeur : la rencontre intersubjective, l’alliance, le transfert et le contre-transfert, le maniement du cadre, la tolérance de l’ambivalence et l’élaboration de l’inattendu.

Autrement dit, elle peut augmenter les capacités pratiques du thérapeute et l’autonomie réflexive du patient ; elle ne remplace ni la responsabilité clinique ni le travail relationnel qui rendent une thérapie vivante et sûre.