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L'alliance thérapeutique

L’alliance thérapeutique désigne la relation de collaboration active qui se construit entre le patient et le thérapeute pour permettre le travail de soin. Elle n’est pas seulement une « bonne entente » : elle associe confiance, cadre, engagement mutuel et accord sur ce qui est travaillé.

Les trois dimensions de Bordin

Le modèle le plus utilisé est celui d’Edward Bordin, qui décrit trois composantes interdépendantes :

  • Le lien : sentiment de sécurité, confiance, reconnaissance, respect et expérience d’être compris.
  • Les objectifs : accord suffisamment partagé sur ce que la thérapie vise — par exemple réduire des crises d’angoisse, comprendre des répétitions relationnelles, traverser un deuil ou retrouver une capacité d’agir.
  • Les tâches : accord sur les moyens concrets du travail : libre association, observation des affects, exposition, exercices entre les séances, travail sur les rêves, etc.

Une alliance peut être chaleureuse mais fragile si les buts ou les tâches restent opaques. À l’inverse, un cadre très explicite ne suffit pas si le patient ne se sent ni accueilli ni en sécurité.

Alliance et transfert

Dans une perspective psychanalytique, l’alliance thérapeutique ne se confond pas avec le transfert.

  • Le transfert renvoie à l’actualisation, dans la relation au thérapeute, de modalités relationnelles et d’attentes largement inconscientes issues de l’histoire du sujet.
  • L’alliance renvoie davantage à la part consciente, réaliste et coopérative de la relation : le patient peut reconnaître le cadre, consentir à un travail et utiliser le thérapeute comme partenaire de pensée.

Freud évoquait déjà l’idée d’un « pacte avec le Moi fragilisé » du patient. Le transfert peut soutenir l’alliance, mais aussi la mettre à l’épreuve — par exemple lors d’une déception, d’un vécu d’abandon, d’une crainte de dépendance ou d’une colère envers le thérapeute.

Pourquoi elle est centrale

L’alliance est considérée comme un facteur commun majeur des psychothérapies : elle favorise la continuité du traitement, l’engagement, une parole plus libre et la possibilité de travailler les moments de tension plutôt que de les éviter. La recherche souligne également qu’elle se construit dans le temps, notamment par l’ajustement des interventions du thérapeute aux caractéristiques, au rythme et aux besoins du patient.

La construire en pratique

Pour le clinicien, cela implique notamment de :

  • Poser un cadre stable et intelligible : fréquence, durée, honoraires, confidentialité, règles en cas d’absence.
  • Accueillir la demande telle qu’elle se présente, sans imposer trop tôt une formulation interprétative.
  • Clarifier régulièrement les attentes et les objectifs, y compris lorsqu’ils changent.
  • Adopter une écoute empathique, non jugeante et active, sans renoncer à la fonction clinique.
  • Repérer les micro-ruptures : retrait, absences répétées, acquiescement de façade, sentiment de ne pas être compris, hostilité ou idéalisation.
  • Mettre les tensions en mots et les élaborer avec le patient.

Une alliance solide n’est donc pas une relation sans conflit. C’est une relation dans laquelle les désaccords, les blessures narcissiques et les ruptures peuvent être reconnus, pensés et suffisamment réparés pour que le processus thérapeutique se poursuive.[shs.cairn][psylio]